Repenser le bâtiment avec des matériaux naturels

27 avril 2022

  • Bretagne
  • Unité de Recherche

S’il souhaite atteindre la neutralité carbone d’ici à 2050, le secteur du bâtiment va devoir entamer une profonde révolution. Elle passe par la généralisation des matériaux naturels.

Les équipes du département « Comportement et durabilité des matériaux hétérogènes » de l’Institut de recherche Dupuy de Lôme (UBS/ENSTA Bretagne/UBO/ENIB/CNRS) sont tout entières mobilisées dans l’utilisation et la formulation de nouveaux matériaux de construction. L’équipe « Durabilité » du chercheur Arnaud Perrot travaille, en particulier, sur le remplacement des matériaux de construction traditionnels, comme le ciment ou le béton, par des matériaux naturels et disponibles localement, dans une logique d’économie durable et circulaire« Nous voulons nous réapproprier les matériaux anciens », affirme Arnaud Perrot. L’équipe étudie l’utilisation de la paille, de la terre crue ou, encore, de roches concassées en remplacement du sable dans le béton.

L’usage de ce type de matériaux pose de nouvelles problématiques au secteur du bâtiment. Tout d’abord concernant la sécurité. Les producteurs doivent, en effet, prouver la fiabilité des matériaux pour respecter les normes qui encadrent le secteur de la construction. La terre crue se révèle, notamment, sensible à l’eau. L’équipe d’Arnaud Perrot travaille ainsi sur de nouvelles formulations, pour faire évoluer les propriétés de la terre crue et teste, par exemple, l’association avec de l’huile de lin.

L’étude des nouveaux matériaux a donné lieu à la création d’un laboratoire commun, CoLoRe (Construction with Local Ressources), monté avec le groupe Pigeon et sa filiale Laboratoire CBTP. Il verra le jour cet été. Pigeon, qui produit du bitume et des ciments, souhaite décarboner ses activités. L’entreprise prévoit notamment d’explorer le potentiel de la terre crue d’excavation, des déchets de production de granulats, voire de l’association d’argile et de solutions basiques pour produire un ciment inédit. Autre axe de recherche : l’emploi de matériaux locaux (déchets agricoles, lisier ou microalgues) pour produire du bitume.

L’entreprise Pigeon tient évidemment compte des contraintes imposées par l’utilisation de matériaux naturels, notamment les délais de construction. « Il est difficile de produire des matériaux en terre crue aussi vite que des parpaings », reconnaît Arnaud Perrot. Son équipe réfléchit donc sur les nouvelles techniques de construction, et les possibilités offertes par l’impression 3D. Objectif : associer la terre crue à des biopolymères (une collaboration avec Saint-Gobain sur cette technologie est en cours).